Si les voyages forment la jeunesse ….

… Quel avenir pour le tourisme ?

Dans les prochaines années, le tourisme est appelé à évoluer radicalement pour des motifs écologiques mais aussi socio-culturels. Comment anticiper et accompagner ces transformations ?

Définition OCDE : « Le tourisme peut être considéré comme un phénomène social, culturel et économique lié à la circulation des personnes en dehors de leur lieu de résidence habituel ».

Dans le monde :

  • 969 millions de touristes transfrontaliers en 2022 soit 12 % de la population mondiale
  • 10 % du PIB mondial
  • 10% des emplois sur la planète

En France :

  • Depuis les années 1990, la France est la première destination touristique au monde (90 millions d’arrivées de touristes internationaux en 2019)
  • En France, en 2019, le tourisme a généré 1,7 million d’emplois, soit 7,3 % de l’emploi total.

Et pourtant, l’été dernier 6 Français sur 10 n’étaient pas partis au cours des cinq dernières années. Enquête menée par l’Union nationale des associations de tourisme et de plein air (UNAT) et la Fondation Jean-Jaurès

Voyager ! Mais pourquoi ?

Le voyage récréatif (on ne parle pas ici d’émigration contrainte) n’est pas une pratique récente. De tout temps, nombre des sapiens qui pouvaient se le permettre en ont profité.

Il s’agissait alors de satisfaire un désir de dépaysement, d’aventures et d’émotions.

Depuis, le tourisme s’est développé pour devenir un phénomène de masse.

Joffre Dumazedier, sociologue du loisir de référence identifiait 3 besoins associés aux activités de loisirs :

  • Se Délasser : Se reposer, reprendre des forces, récupérer
  • Se Divertir : S’amuser, se distraire, jouer
  • Se Développer : Apprendre, découvrir de nouvelles cultures

Si l’on se réfère à cette théorie des 3 D, seul le besoin de développement pourrait justifier de dépenser tant d’énergie et d’argent pour traverser les océans et les continents.

Or de nos jours, la réalité du tourisme de masse se limite souvent à :

  • Une accumulation de clichés : Qui n’a pas assisté à ces scènes de touristes agglutinés devant un monument, un paysage grandiose le temps d’un selfie ou d’une photo de groupes pour… dans la minute qui suit remonter dans leur bus ou SUV de location….  Le Taj Mahal, la pyramide de Gizeh, la Sagrada familia, le Grand canyon, la tour Eiffel, … Aux yeux de ces touristes, rien ne semble assez beau pour justifier quelques minutes de contemplation.
  • Des séjours chronométrés : Le temps moyen de séjour à Venise est inférieur à une journée. Et que dire de ces circuits découverte de 15 jours à travers les États unis, ces weekends all included à Paris, Londres, New York ??
  • Un entre soi : Bateaux croisières, villages vacances, pistes de skis, de danse. De nombreux voyages à l’étranger se résument à un entre touristes
  • Des voyages normés : Aujourd’hui, les destinations doivent impérativement s’aménager selon les standards du tourisme international. Tout y passe ou presque : gastronomie, commerces, hôtels, plages, …
  • Des rythmes routiniers et des comportements moutonniers : Plage à 11h, déjeuner familial à 14h, retour à la plage pour 15h30, le meublé ou l’hôtel pour 18h, restaurant pour touristes à 19h, déambulation sur le bord de mer vers 21h… et ainsi de suite jusqu’à la fin du séjour. Mykonos, Venise, Dubrovnik vues du ciel ?? Deux ou trois rues commerçantes bondées de touristes en transhumance et tout autour des rues désertes. Obliquer dans les ruelles transversales ?? Quelle aventure !!

Mais alors Pourquoi partir à l’étranger si c’est pour reproduire les mêmes comportements, les mêmes routines !! ?? A quoi bon s’évader si c’est pour revenir plus pauvre (ou moins riche) et inchangé ?

Quelle proportion de touristes s’aventurent en dehors des sentiers battus ?

Tourisme. Un secteur appelé à se transformer radicalement de toute façon

Au regard de l’analyse qui précède, certains répondront que nous sommes en économie de marché et que si le tourisme industriel séduit les masses, c’est tant mieux. Laissons faire Airbnb, MSC et consorts.

Malheureusement (ou heureusement), le tourisme de masse n’est plus supportable en l’état pour plusieurs raisons :

  • Écologiques et climatiques : Empreinte carbone représentée par les transports et les aménagements dédiés au tourisme, artificialisation d’espaces fragiles, tension sur les ressources hydriques, foncières, pollution, neige artificielle déversée sur les pistes de ski, ..
  • Urbanistiques : Dénaturation de paysages, villes bétonnées, stations fantômes hors saison, ..
  • Économiques et sociales : Augmentation des prix (et pas que de l’immobilier) et expropriation des habitants à l’année, … disparition des commerces de proximité (boucheries, épiceries,  ..), dépendance outrancière à la manne touristique qui rend vulnérable la destination en cas de pandémie, de conflits ou d’attentats

Enfin, de plus en plus de locaux ne supportent plus cette forme de colonisation économique et culturelle. La résistance s’organise en Croatie, en Bretagne, à Venise, Athènes, Barcelone, ..

Quel tourisme pour demain ?

Rapidement, le tourisme doit se faire plus responsable et résilient.

  • Responsable vis-à-vis de la planète et des locaux
  • Résilient quel que soit les circonstances (fermeture des frontières, crise économique ou sanitaire, …)

Les caractéristiques d’un tourisme plus vertueux :

  • Un tourisme de proximité. La nécessité de réduire notre empreinte carbone et l’augmentation tendancielle des coûts de l’énergie nous imposent de nous tourner davantage vers un tourisme de proximité.
  • Un tourisme d’intention, de projet. Pour se protéger de la sur fréquentation, des communes commencent à fixer des quotas de visiteurs (les Calanques), des interdictions de stationner pour les piétons (Portofino), voire appliquent des droits d’accès à leur cœur de ville.  Visiter les sites les plus recherchés deviendra l’aboutissement d’un désir réfléchi, préparé, anticipé.
  • Un tourisme du temps lent (slow tourism). Apprendre à savourer plutôt qu’accumuler les clichés. Prendre le temps de sortir des itinéraires et programmes prés formatés. Privilégier l’intensité et la sélectivité.
  • Un tourisme d’immersion. Séjourner chez l’habitant. Vivre au milieu et avec les locaux et refuser l’enfermement des ghettos à touristes. Ne pas venir pour faire le plein de pacotilles et de sacs Hermès mais pour revenir la tête pleine de souvenirs de nouvelles rencontres.
  • Un tourisme de la réciprocité. Échanges d’appartements, participation à l’organisation d’un évènement local, contribution à un chantier de restauration, à des travaux agricoles,  ..
  • Tourisme d’itinérance : En janvier à Turin, en février à Munich, en mars à Innsbruck, … Avec le développement du télétravail, il devient possible d’envisager un tourisme nomade nécessairement moins carboné

Vision utopique ? Élitisme ?? Qu’importe. Le tourisme doit se réinventer et les pistes de transition ne manquent pas.

Le développement de ce tourisme plus vertueux suppose néanmoins que 2 conditions soient réunies :

  • Un changement de nos comportements individuels. Il revient à chacun d’entre nous -en tant que voyageurs- de faire évoluer nos pratiques touristiques. S’interroger sur la nécessité de bruler tant de kérosène pour farnienter 15 jours sur une plage que ce soit à Punta cana, Pattaya ou Acapulco ; de traverser l’atlantique pour passer 4 heures à Machu Picchu, 6 à La Paz et 3 à Cuzco.
  • Une adaptation de l’offre touristique locale. La bonne volonté individuelle ne suffira pas. Il s’agit pour les collectivités locales et les acteurs du secteur de réinventer leur offre avec une priorité : développer un tourisme du lien (immatériel) moins coûteux et plus enrichissant qu’un tourisme du bien (matériel).

La Joconde ne racole pas, elle rayonne. La vraie beauté n’est-elle pas intérieure ? Plutôt que de chercher à attirer le regard des voyagistes et des touristes à coups d’infrastructures et de campagnes publicitaires, la priorité des collectivités devrait être de répondre aux besoins non satisfaits de leurs habitants. Ce n’est pas à Barcelone, Pétra ou Avoriaz de s’adapter aux exigences du tourisme international mais aux visiteurs de s’adapter à la vie locale fusse-t-elle plus rustique. Visiter Rocamadour ou Bonifacio devrait se mériter. Ainsi, le tourisme ne devrait pas être considéré comme un axe de développement mais comme un bonus récompensant une qualité de vie plébiscitée par l’ensemble des habitants.

En conclusion. Beaucoup de changement en perspectives. Autant d’évolutions qui devront être le résultat d’un processus profondément démocratique.

Good night and good luck

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