Élus locaux : La cuvée 2026 sera-t-elle à la hauteur des défis qu’elle doit affronter ?

« Le pessimisme de la lucidité et l’optimisme de la volonté. Antonio Gramsci

Les élections municipales viennent de s’achever (ouf !) mais les défis n’ont pas disparu (aïe !).

En effet, si tôt désignés, les élus locaux vont devoir faire face à un contexte environnemental extrêmement menaçant.

Ce qui les attend. Ce qui nous attend.

  • Une intensification des accidents écologiques : Pollution, inondations, canicules… Avec leurs lots de victimes dont une partie croissante ne seront plus du tout ou mal assurée.
  • La multiplication des conflits géopolitiques sachant que les 3 empires sont déterminés à mettre au pas ce qu’ils considèrent comme leur arrière-cour : Taïwan et peut être les Philippines pour la Chine ; l’Ukraine, la Moldavie et les pays baltes pour la Russie ; le Groënland, le Canada, Cuba et le Venezuela pour les États-Unis. Et c’est sans compter sur le délirant état d’Israël qui menace de mettre le feu à tout le proche orient.
  • La fracturation sociale des nations et les affrontements entre de plus en plus d’états liberticides et réactionnaires et la partie de leurs peuples qui leur résiste.
  • Un environnement économique et financier chaotique et dégradé (de type stagflation en Europe). Environnement synonyme de hausse des produits subissant des tensions (hydro carbures, métaux rares, notamment) mais aussi de destructions massives d’emploi (la diffusion de l’IA y contribuant par ailleurs).
  • La priorité donnée par les gouvernements aux budgets régaliens (armée, police, surtout) au détriment de la protection sociale et des services publics.

Ainsi, les élus locaux vont se retrouver en première ligne pour affronter simultanément baisse de leurs budgets, multiplication des chocs écologiques et économiques, augmentation des demandes de protection des habitants, montée des colères et des conflits.

Rappelons que faute d’un changement radical de politique à l’échelle nationale, le pays devrait poursuivre son affaissement et les ressources budgétaires des collectivités locales suivre le même mouvement. Les mêmes causes produisant souvent les mêmes effets.

Or, dans un contexte où l’argent se fait rare, chaque projet, chaque décision municipale seront scrupuleusement observés et critiqués (légitimement ou non) par les oppositions. Alors dance on a tectonique des foules ? En tous cas « bonne chance » madame ou monsieur le maire !

Ce que devraient être les priorités des élus locaux en 2026

Face à la montée des menaces et de l’urgence systémique, les élus locaux devraient changer radicalement de posture et de logiciel économique.

Sinon, le mandat qui débute risque de se transformer en chemin de croix pour eux et leur territoire.

Adopter une posture de coach de territoire

Fondamentalement, il s’agit pour les élus de mettre en capabilité les habitants et les acteurs locaux. Ne plus leur dire, « j’y réfléchis, j’applique mon programme, je m’en occupe » mais « que proposez-vous ?» ou « J’en suis certain, vous trouverez la réponse »

Voici plus en détail la concrétisation en actes de cette posture :

  • Stimuler les initiatives, responsabiliser les habitants
  • Fournir les ressources, outiller les acteurs locaux en ingénierie de résilience, de projet et de démocratie participative
  • Garantir le respect de règles du jeu démocratiques. L’élu coach s’interdit de programmer l’avenir de son territoire ; synonyme d’asphyxie de l’intelligence collective. Sa priorité est au contraire d’apporter de l’oxygène au tissu local et de libérer les initiatives.
  • Valoriser – mettre en avant les initiatives des habitants et des acteurs locaux
  • Incarner et promouvoir des valeurs, des principes d’action qui mobilisent et fédèrent. L’élu coach est conscient du risque de cacophonie décisionnelle et de forces centrifuges. Aussi prend il le soin d’exprimer et de faire respecter quelques règles de jeu, de priorités (intérêt général) et de repères permettant de garantir cohérence et cohésion

Changer de logiciel et de cap

Pour l’immense partie des élus locaux, tout débute par une révolution culturelle qui consiste à faire son deuil de paradigmes désormais obsolètes :

  • Ruissellement. Non monsieur le Maire, toutes les activités et les emplois ne se valent pas.  Attirer coûte que coûte Amazon, Carrefour, un data center ou un tourisme de masse ne produit que des emplois souvent précaires et mal rémunérés. Non seulement, ce type de développement économique ne profite qu’à la marge aux besoins essentiels des habitants mais il est souvent porteur de coûts cachés (déstabilisation des écosystèmes démographiques, économiques et écologiques). Pire dans le contexte de stagnation économique actuel, le ruissellement est appelé à devenir goutte à goutte. Les entreprises préférant baisser les salaires que réduire les dividendes. Priorité donc aux activités de proximité non délocalisables.
  • Attractivité. Stop à la concurrence entre territoires et vive la coopération et à la mutualisation entre territoires.
  • Mondialisation. La montée des tensions internationales, la nécessité de réduire l’empreinte carbone des transports et le risque de nouvelles pandémies devraient inciter à prendre les devants d’une démondialisation inévitable en érigeant comme priorité locale la recherche d’autonomie.
  • Spécialisation. Dans le même ordre idée, plus un territoire est spécialisé (maïs, automobile, aéronautique…) plus il est vulnérable en cas de crise.

Les élus locaux doivent tourner la page (néo)libérale. Mais le courage de s’affranchir de ses dogmes surannés ne suffira pas à relever le gant.

Il s’agit aussi de proposer aux Français une vision (un cap et une trajectoire) porteuse d’avenir et qui s’imposent à tous non par la contrainte mais par l’évidence.

Or, un projet de société locale fondé sur la recherche de résilience inclusive offre cet horizon motivant et consensuel.

Car concrètement, une société fondée sur la résilience s’organiserait et se mobiliserait démocratiquement autour de 4 grands principes : Le bien-être collectif, la sobriété, l’autonomie et la solidarité. Qui n’adhérerait pas à cette promesse de valeur ?

Alors que penser de cette cuvée 2026 ?

Nos élus locaux sont-ils armés pour assurer le développement de leur territoire dans un contexte de pénurie budgétaire, de montée des exclusions et des égoïsmes, d’augmentation de la précarité et de la pauvreté, de multiplication des accidents climatiques… ?

En la matière, il en va malheureusement comme de la décarbonation du pays, de son désendettement ou de la lutte contre les exclusions, le compte n’y est pas. Et de loin.

Car l’immense majorité des élus locaux -et ce n’est pas leur faire offense- ne sont pas préparés à faire face à la crise systémique qui débute.

Il suffit pour s’en convaincre de lire les programmes des vainqueurs pour constater que la prise de conscience du changement d’époque en cours ne semble pas avoir présidé à leur élaboration. Qu’ils s’agissent des métropoles, communauté d’agglos, petite villes, centre bourgs ou villages, rien de Churchillien ou transcendant dans les promesses de campagne. Le plus souvent, une liste « à la Prévert » de ce qui permet d’être (ré)élu en dehors de toute analyse des tendances lourdes mondiales. Comment s’étonner alors de la hausse du taux d’abstention et du désamour des Français pour la politique en l’absence de vision globale et de trajectoire porteuse d’avenir ?

Un besoin patent d’accompagnement à la résilience inclusive

Faute d’un changement de posture et de logiciel économique, les élus locaux risquent de se contenter d’une gestion à la petite semaine (on expédie les affaires courantes en attendant les lumières Élyséennes) ou pire de chercher à imposer leur programme à l’ensemble de leurs administrés (alors qu’entre absentions et votes de défiance, ils n’ont été élus le plus souvent que par une minorité).

Aujourd’hui, relève donc de l’intérêt général d’aider nos élus locaux à :

  • Affirmer une posture de coach de territoire seule susceptible de libérer et catalyser l’intelligence collective locale
  • Créer les conditions d’une mobilisation massive de leurs habitants autour du cap de la résilience
  • Déployer l’ingénierie permettant d’élaborer et de concrétiser un projet de territoire soutenable et soutenu par l’ensemble des habitants

C’est précisément la valeur ajoutée de Créon – Un monde d’avenir.

Encore faudrait-il que les intéressés prennent conscience de ce changement d’époque. Ce qui reste malheureusement l’exception. L’été portera-t-il conseil ?

Good night and good luck

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