Monnaies locales… Un formidable levier de développement local

Contexte :
Souveraineté alimentaire, industrielle, énergétique…
La recherche d’autonomie et de souveraineté sont devenus des slogans à la mode.
Malheureusement aux abonnés absents de cette quête du graal : La souveraineté financière. Frapper monnaie locale serait-il donc sacrilège ?
Pourtant, on sait déjà que le fonctionnement actuel des marchés financiers permet :
- Le développement d’une économie « casino » (spéculative) au détriment d’une économie génératrice d’emplois et de produits utiles
- Des investissements écocides ou peu éthiques (ex : les banques systémiques continuent à investir massivement dans les hydrocarbures)
- Une volatilité et instabilité extrêmes (souvenons-nous des crises financières de 1933 et 2008)
Une crise financière est un terme polysémique qui recouvre des réalités diverses dont le dénominateur commun est une chute abrupte d’une activité économique dématérialisée. Les crises monétaires, les crises bancaires et les crises boursières constituent des crises financières.
Nous savons également qu’à moins d’un changement radical de politique économique (fort peu probable d’ici 2027), les prochaines années seront synonymes d’austérité budgétaire voire de paupérisation pour de nombreux ménages et services publics.
En première ligne, les collectivités locales vont ainsi devoir gérer un nombre croissant de difficultés :
- Augmentation de la pauvreté et de la précarité
- Multiplication des accidents climatiques (et une augmentation des polices d’assurance)
- Une fracturation de la société et la montée des conflits d’intérêt ; synonyme de blocages et de surcouts pour les projets structurants
… le tout avec des moyens financiers de plus en plus limités.
Elles auraient donc intérêt à activer de nouveaux modes de financement tels que les monnaies locales (ou monnaies complémentaires) et le financement participatif.
Enjeux et bénéfices attendus
Investir dans le développement d’une monnaie locale c’est limiter les effets toxiques d’une indexation des économies locales sur une mondialisation appelée à se fragmenter ; c’est pour un territoire choisir de reprendre le contrôle de son destin.
Plus spécifiquement, voici les potentialités d’une monnaie locale :
- Flécher l’investissement vers des projet et des activités d’intérêt général
- Stimuler l’économie locale (notamment le commerce et l’artisanat) et la création d’emplois
- Développer le lien social, la solidarité (frapper monnaie contribue au développement d’un sentiment d’appartenance à une communauté)
- Réduire l’empreinte carbone (produire et consommer dans la proximité)
- Développer l’autonomie (relocalisation des activités) et la souveraineté
- Mobiliser des financements additionnels (même les plus pauvres sont capables d’investir dans des projets dont ils peuvent constater les bienfaits)
- Réduire l’impact d’une crise financière ou économique majeure de plus en plus probable
Privilégier l’usage d’une monnaie locale, c’est aussi refuser aux banques la possibilité de financer :
- Des activités écocides et peu éthiques
- D’alimenter la bulle spéculative
De plus en plus de citoyens sont sensibles à cette dimension éthique de la finance.
Organisation et fonctionnement
Aujourd’hui, plus de 2 500 systèmes de monnaie locale sont utilisés à travers le monde. Les plus connues ont pour noms :
- Le palmas et la Banco Palmas (Brésil)
- L’eusko au Pays basque, la plus importante monnaie locale complémentaire en volume d’affaires
- Le farinet (Suisse)
- Le léman (Suisse)
- La gonette (Lyon)
- La grama (Espagne)
Il existe une grande variété d’organisation et de principes fondateurs : Certaines monnaies sont convertibles en monnaie nationale, d’autre pas ou partiellement ; certaines monnaies sont adossées à une banque d’investissement et d’autres non, certaines monnaies sont nanties, …
Voici à titre d’exemple, une organisation que l’on peut recommander :
- Collecte d’Euros auprès de la population pour :
- Constitution d’un fond de nantissement de la monnaie locale
- Financement participatif (crownfunding) de projets promotionnés par la collectivité
- La collectivité locale (et possiblement des entreprises réellement citoyennes) abonde au fonds de de nantissement (par exemple à hauteur de 20 % des montants collectés)
- Pour chaque Euro versé au fond, les habitants se voient remettre une unité de monnaie locale majorée (ex : Un euro versé vaut 1,20 Créon)
- La monnaie locale est acceptée dans les commerces locaux et les associations
- La conversion de la monnaie locale en Euros donne lieu à une décote (ex : 20 %)
- La monnaie locale peut également alimenter un fonds d’investissement local (*) Par exemple, un commerçant dépose dans le fonds d’investissement une partie de sa recette en monnaie locale pour obtenir un crédit d’investissement
- La parité Euro-Créon est affichée dans tous les commerces
- Une fois, la confiance établie entre les parties prenantes, il sera possible de ne pas nantir à 100 % les euros déposés
(*) Toute personne (physique ou morale) porteuse d’un projet nécessitant un investissement déposera un dossier auprès de la collectivité (ou d’un partenaire de celle-ci). Les projets jugés compatibles avec la stratégie locale de résilience seront financés (pour partie) par la collectivité et/ou via une plateforme de financement participatif.
Monnaies locales et lutte contre la pauvreté
Une monnaie locale peut contribuer à financer des activités utiles confiées à des personnes éloignées de l’emploi. En voici le principe :
- Cartographie des vulnérabilités du territoire (commune, EPCI ou Conseil départemental) et définition des activités, services et équipements à créer en priorité : Aide à domicile, entretien des espaces verts, distribution/manutention de produits, réalisation de petits travaux, …
- Identification des personnes en difficulté et/ou désireuses de retrouver une activité
- Organisation de ces personnes en pôle de compétences locales (sur le principe du dispositif TZCLD)
- Tout habitant peut faire appel aux services du pôle de compétences
- Toute ou partie de la rémunération est versée en monnaie locale
Facteurs clés de succès – Points déterminants
Le lancement d’une monnaie n’est pas toujours couronné de succès et certaines collectivités finissent même par abandonner.
Voici donc quelques recommandations permettant d’éviter les désillusions :
- Choisir la bonne maille territoriale (ville, EPCI, département ?) pour amortir les coûts d’exploitation du dispositif et offrir suffisamment de débouchés à la monnaie
- Susciter la participation d’un large panel d’entreprises, de commerçants adhérents dès le lancement
- S’appuyer sur une communication virale portée par des habitants/militants
- Définir démocratiquement (Agorapolis) les projets et les activités soutenus par la banque d’investissement (donner un sens éthique à la monnaie locale)
- Savoir doser le volume de monnaie mise en circulation
- Inscrire le développement de la monnaie locale dans le cadre global d’une stratégie de résilience
En conclusion : Le nombre de monnaies locales explose dans le monde mais en France les collectivités locales sous estiment encore leur potentiel. Les monnaies complémentaires souvent portées par des organismes privés ne bénéficient pas du soutien qu’elles mériteraient de la part des collectivités locales.
Gageons que dans les prochaines années, l’impératif de résilience amènera celles-ci à faire des monnaies locales un axe de développement stratégique.
Good night and good luck
Créon – Un monde d'avenir 

