Mobiliser l’intelligence collective à l’échelle d’un territoire

Il était une fois un contexte environnemental pour le moins préoccupant…

A moins de vivre dans un monde parallèle béni des dieux (Disneyland ou mieux Santorini), force est de constater que l’humanité affronte une crise systémique existentielle (*) :

  • Écologique
  • Sanitaire (la covid n’étant qu’un avant-goût des virus à venir ; sans compter les impacts de la pollution)
  • Économique et financière
  • Sociale et démocratique
  • Géo politique (affrontements commerciaux et militaires malheureusement déjà avérés)

(*) « L’humanité entière est confrontée à un ensemble entremêlé de crises qui, à elles toutes, constituent la Grande Crise d’une humanité qui n’arrive pas à accéder à l’Humanité »
Edgar Morin

Ces mécanismes interagissant, la possibilité d’un effondrement de ce qui constitue nos systèmes de vie (démocratie, protection sociale, pouvoir d’achat, ..) n’est plus totalement improbable.

Seule certitude dans ce contexte, les prochaines années seront synonymes d’instabilité et de risques (menaces mais aussi opportunités).

La priorité absolue est donc de développer notre agilité et plus particulièrement notre résilience individuelle et collective (pays, entreprises, collectivités locales, associations)

N’attendons pas la rupture d’approvisionnement ou la prochaine pandémie pour développer notre résilience !

A l’échelle des territoires de proximité (EPCI) et de leurs habitants, il s’agit d’acquérir et de cultiver 3 aptitudes jusqu’à présent absentes des manuels de développement :

  • L’autonomie, la souveraineté (énergétique, monétaire, alimentaire, sanitaire, ..)
  • La frugalité (l’économie d’usage, le recyclage, le recours aux low-techs, …)
  • La solidarité, la coopération (la mutualisation, le don, le partage en place de la concurrence)

Au cœur de ce réacteur de la résilience locale se trouve l’intelligence collective car le chacun pour soi y compris responsable (le fameux et charmant colibri) ne suffiront pas à affronter les défis à venir. Il s’agit de mobiliser et de combiner l’ensemble des énergies/ressources locales.

Définition et enjeux de l’intelligence collective

Intelligence collective : Capacité (ou propriété) d’un groupe d’humains à collectivement imaginer et concevoir des solutions de type « 1+1=3 » ; où le tout représente plus que la somme des parties.

Concrètement, à l’échelle d’un territoire, l’intelligence collective se caractérise par :

  • Des habitants massivement conscients des défis à venir et de la nécessité de se mobiliser collectivement
  • La mise en place par la collectivité d’une ingénierie de démocratie inclusive (voir Agorapolis)
  • Des élus résolus à adopter une posture de coachs, de catalyseurs d’énergie locale plutôt que de programmateurs ou de pères noëls. Leur priorité étant d’amener les habitants à proposer et concevoir les projets/solutions par eux-mêmes
  • Une réelle mise en commun des idées et des ressources ; une collaboration transversale quotidienne entre les entreprises locales, les associations, les habitants dans le cadre d’un portefeuille de projets clairement identifiés (ex : autonomie alimentaire, mise en place d’une monnaie locale, création d’un tiers lieu, ..)

Sur chacun de ces points, la collectivité doit être à la manœuvre car les choses ne se feront pas spontanément.

A l’inverse, l’absence d’intelligence collective se matérialise de la manière suivante :

  • Une large partie de la population reste aveugle et sourde aux signaux d’alerte (on ne change rien à son comportement de consommateur, de citoyen)
  • Les bonnes volontés (les colibris) peinent à concevoir, financer des solutions de prévention/d’adaptation d’envergure
  • La collectivité locale se contente d’actions isolées (un zeste de pistes cyclables, de budget participatif, de jardin pédagogique) et pour le reste laisse faire la société civile
  • En cas de crise avérée (accident climatique, rupture d’approvisionnement), les comportements égoïstes et belliqueux l’emportent (on s’empoigne pour des pots de Nutella, pour l’accès à l’eau, ..)

Petit état des lieux de la situation en France.

Nul besoin de noircir le tableau pour constater que la France souffre aujourd’hui d’un déficit d’intelligence collective. Plusieurs symptômes permettent de l’affirmer :

  • Un dialogue social et une respiration démocratique en panne (passage en force plutôt que le recours au dialogue constructif avec comme résultat des règlementations hors sol et donc inapplicables)
  • Un discrédit des élites et des politiques qui rend quasi inaudibles même les plus sincères d’entre eux
  • Un effondrement des corps intermédiaires (syndicat, partis politiques) et des valeurs républicaines (liberté, égalité, fraternité) censées soudées le corps social
  • Une fragmentation de la société en une constellation de revendications difficilement conciliables
  • De plus en plus de comportements pathologiques (peur de sortir, de s’approcher de l’autre, de le toucher) qui rendent difficiles la communication inter personnelle. La doctrine sanitaire (communication anxiogène, culpabilisante, infantilisante, injonctions paradoxales) de ces 2 dernières années aura contribué au développement de psychoses chez les plus fragiles (et pas que chez les enfants).

Ainsi si rien n’est fait, face à la montée de la pression environnementale (accidents climatiques, migrations, crise économique, rupture d’approvisionnement,…), le bateau France risque :

  • L’explosion au moindre prétexte : violence policière, décret attentant aux libertés, « jacqueries » de la misère, raz-le bol, acte de racisme,  … Il suffit d’une allumette !  « How pandemics lead to economic despair and social unrest » FMI, dec 2020
  • L’implosion : montée des communautarismes, des ghettos, des zadismes (la balkanisation de la société), bunkerisation, repli sur soi et son cercle familial

Nombre d’élus locaux observe une incapacité grandissante à vivre ensemble, à s’accorder sur des solutions. La judiciarisation croissante des sociétés, la montée des égoïsmes (NIMBY) et des fake news multiplient les occasions de conflits d’intérêts (ex : les plans climat, les choix d’équipements,..)

Que peut-on faire à l’échelle d’un territoire, d’une collectivité, d’un élu local de bonne volonté ?

Éclairer les consciences, créer les conditions d’une mobilisation et d’une collaboration de l’ensemble des acteurs locaux (collectivité locale, associations, entreprises, habitants) pour développer les capacités de résilience individuelle et collective.

Soyons plus précis : Il s’agit pour la collectivité locale de réussir à l’échelle de chaque habitant (retraité, chef d’entreprises, étudiants, salariés, « sortis de l’emploi », « sauvageons », ..) :

  • Le lâcher prise, l’ouverture d’esprit, la disponibilité à l’autre (phase 1)
  • L’apprentissage de la collaboration constructive (phase 2)

Condition première de réussite : ces 2 phases doivent pouvoir compter sur une communication massive et moderne de la collectivité et de ses alliés.

Zoom sur les 2 phases du processus de mobilisation de l’intelligence collective

Phase 1 : Le lâcher prise, la revitalisation du lien social et le développement de la convivialité

Cette phase s’adresse principalement aux habitants qui pour des raisons diverses ne seraient pas prêts à participer à la phase 2

Explication/justification de cette phase : Force est de constater que nombre de nos concitoyens sont peu enclins à participer à des collectifs, à s’impliquer dans des projets associatifs, des conventions citoyennes. Le manque de temps est souvent évoqué alors que nous savons passer des heures quotidiennes devant nos écrans (tv, smartphone, tablettes, consoles). Les motifs sont souvent ailleurs : la dévalorisation de soi, le manque de confiance dans l’organisateur, la routine/la paresse, la procrastination, les addictions (alcool, jeux, ..), l’agoraphobie, … Aussi, avant d’espérer impliquer l’ensemble d’une population dans des comités de quartier, des ateliers ou des conseils de développement, faut-il commencer par une promesse de valeur modeste mais séduisante aux yeux du plus grand nombre : Sors de chez toi et viens t’amuser !

Il s’agit d’organiser/proposer des évènements/rendez-vous conviviaux permettant aux habitants de :

  • Sortir de leurs bulles, de leurs capsules, de leurs addictions ; Lâcher le smart phone, la tablette pour quelques minutes
  • Se mettre en disponibilité intellectuelle ; réveiller leurs sens (regarder, écouter, sentir, respirer, ..)
  • Aller vers l’autre sans a priori ou arrière-pensées et l’accueillir avec bienveillance
  • Passer à l’acte en participant à une activité collective qu’elle soit ludique ou d’intérêt général qui les sortent de leur ordinaire
  • Faire preuve d’empathie et de tolérance vis-à-vis de leur voisinage

Les solutions techniques pour (re)créer du lien social et booster la convivialité de proximité existent déjà. On peut citer à titre d’exemple :

  • Concours photo de quartier : les habitants sont invités à exposer leurs œuvres et à voter en fonction de critères objectifs
  • La cuisine de trottoirs (les habitants cuisinent pour leur voisinage)
  • Parenté à plaisanterie
  • Ateliers Slow speed (exercices collectifs de méditation et de respiration consciente)
  • Flash mobs et reconstitution historiques (sans chercher à concurrencer Le Puy du fou ou le carnaval de Venise)
  • Potagers à tous les étages !
  • Les olympiades de la journée sans écran

Phase 2 : L’apprentissage de la construction collective et l’organisation de la démocratie locale (AGORAPOLIS) :

Précision : Avant de déclencher la phase 2, les élus locaux doivent décider du niveau de démocratie qu’ils visent :

  • L’écoute active. Les élus organisent des consultations sincères (ex : cahier des doléances)
  • L’appel à projets, à propositions (ex : Conventions citoyennes pour le climat)
  • La concertation, la co conception. Dans ce cas, ce sont les acteurs locaux, les habitants qui décident des priorités et solutions de développement du territoire ; les élus se positionnant en tant que médiateurs, facilitateurs, régulateurs ultimes
  • La délégation. Dans un cadre donné (un projet, une solution à trouver, un espace foncier et des contraintes à respecter), la collectivité délègue son autorité à un collectif d’habitants

Authentique empowerment, cette phase consiste à amener les habitants à :

  • Prendre conscience des défis à relever et de la nécessité d’agir
  • Apprendre à s’informer
  • Savoir placer leur confiance
  • Libérer leur parole dans le respect de l’autre, prendre confiance en eux
  • Apprendre à débattre (écoute active, débat contradictoire et néanmoins constructif)
  • Décider collectivement et donc accepter de faire des concessions.

Cette seconde phase doit pouvoir s’appuyer sur un système de démocratie locale inclusive

A titre d’exemple, AGORAPOLIS propose le déploiement de 3 instances de gouvernance complémentaires :

  • Le Conseil municipal qui reste l’instance décisionnelle
  • Le conseil des « 100 » (ou des 80 en fonction de la taille de la collectivité) : Il est constitué d’un échantillon tiré au hasard et représentatif de la population. Ces membres sont désignés pour un mandat d’un an, renouvelable 2 fois. Sa mission consiste à :
  • Proposer des projets, des décisions, des actions de progrès au conseil municipal
  • Rendre un avis consultatif sur les décisions envisagées par la collectivité
  • Analyser et commenter la performance territoriale
  • Les Clubs thématiques : ils permettent aux habitants de confronter leurs points de vue sur des thèmes (alimentation, logement, mobilité, sécurité…), d’identifier d’éventuel problèmes, de diagnostiquer ces problèmes et d’élaborer des propositions voire des solutions. La participation aux clubs est ouverte à tous les habitants sans aucune condition si ce n’est de respecter des règles de communication propices à un dialogue constructif (charte de citoyenneté)
  • Pour s’assurer du bon fonctionnement des Clubs, un kit d’animation et une Charte d’engagement sont mis à la disposition des habitants

Outils complémentaires :

  • Show-rooms de la citoyenneté (espaces de présentation des réalisations contribuant au développement durable du territoire)
  • Plateforme en ligne de communication citoyenne (pour communiquer, collaborer et voter)

En conclusion :

Face aux périls qui se présentent à elle, l’humanité ne peut s’en remettre à la pensée magique :

  • Le progrès technique et les green techs
  • L’homme (ou la femme) providentiel(le) omniscient(e) qui sauverait le pays ou le territoire

L’indolence, l’attentisme ne sont plus de mise. Ensemble, nous devons nous battre pour une humanité porteuse d’avenir.

Les élus locaux et leurs équipes ont l’opportunité et la légitimité pour impulser cette dynamique de l’intelligence collective à l’échelle de leur territoire.

Un commentaire sur “Mobiliser l’intelligence collective à l’échelle d’un territoire

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